La mue

La mue de la cigale, miroir du cheminement humain...

La cigale passe une grande partie de sa vie cachée sous la terre.Elle grandit dans l’ombre, loin du regard des autres, sans que rien ne semble se passer. Pourtant, durant ces années invisibles, elle se transforme. Elle se nourrit, grandit, traverse plusieurs stades et prépare silencieusement sa prochaine existence.

Puis vient le moment où elle quitte la terre.Elle grimpe sur un tronc, s’immobilise et commence une étrange séparation.Son ancienne enveloppe se fend.La cigale en sort lentement, vulnérable, encore pâle et incapable de voler.Elle doit attendre que son nouveau corps se déploie et durcisse.Ce qui ressemble à une rupture est en réalité l’aboutissement d’un long processus.

Le cheminement humain peut connaître ces mêmes périodes de retrait et de transformation.Il existe des moments où l’on avance sans résultat visible, où l’on a parfois l’impression de stagner.

Pourtant, quelque chose travaille en profondeur.On apprend, on encaisse, on renonce, on comprend et l’on change, souvent sans mesurer l’ampleur de cette évolution.Puis arrive un moment où l’ancien équilibre ne suffit plus 

.Il faut alors quitter une manière d’être, une relation, une croyance ou une identité devenue trop étroite.Comme la cigale, l’être humain ne peut pas toujours agrandir son ancienne enveloppe. Il doit parfois en sortir, même si cette étape est inconfortable et incertaine. L’ancien est familier, tandis que le nouveau est encore fragile.

Mais une mue n’est pas un échec de l’ancienne forme.Elle signifie simplement qu’elle a rempli sa fonction et qu’elle est devenue trop petite.

Certaines étapes de la vie ne sont donc pas à réparer, mais à traverser. Il faut accepter de ne pas voir immédiatement ce que cette transformation prépare.Car la cigale, elle, ne s’arrête pas au moment où sa peau se déchire.

Elle tient jusqu’au bout de sa mue, jusqu’à ce que ses ailes soient déployées et prêtes à porter son nouveau corps.L’être humain aussi doit parfois tenir encore un peu lorsque tout semble long, incertain ou inutile. Non pas pour s’accrocher à ce qui doit finir, mais pour laisser aller jusqu’à son terme ce qui est en train de naître.

Si l’on quitte le chemin avant son dernier tournant,on ne saura jamais vers quel horizon il nous conduisait. 

Il faut parfois traverser jusqu’au bout la nuit de la mue, patienter dans le silence, laisser le temps faire son œuvre.Car l’on ne découvre les ailes qu’au moment où elles sont prêtes à s’ouvrir.

Alors, parfois, il suffit de tenir encore un peu…pour être là lorsque vient l’heure de l’envol.